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Les restaurants de canard laqué de Pékin

Le canard pékinois désigne à la fois le mets et la race de cet animal, c'est un canard gavé et élevé pendant 60 à 70 jours pour obtenir un poids entre 2 et 3 kilos en moyenne.

C'est un mets d'exception impossible à réaliser chez soi et même introuvable en France, tant à cause des produits (le canard avant tout mais aussi les ciboules) que de l'équipement (pour le laquage et pour la cuisson) et de la technique (cuisson, découpage de canard, confection de la sauce tian mian jiang, de la crêpe et de la galette). Du reste même à Pékin le vrai canard pékinois ne se trouve que dans des établissements spécialisés qui construisent leur carte autour de ce seul plat.

Du coup chaque séjour à Pékin est pour moi l'occasion de renouer avec ce plat. C'est d'ailleurs devenu un incontournable du tourisme et aucun gastronome ne pourra séjourner à Pékin sans déguster un canard dans l'un des restaurants spécialisés. Car il y a aujourd'hui de nombreux restaurants qui se sont spécialisés dans ce fameux plat à Pékin. Pour vous aider à vous y retrouver, j'ai fait une sélection de 4 restaurants qui, selon moi, l'exécutent correctement dans les règles de l'art.

1. Quan Ju De 全聚德, c'est la référence. Le restaurant où j'allais le plus souvent quand j'étais petite (et même étudiante). C'est aussi le plus connu et il y a toujours beaucoup de monde, beaucoup de touristes. Mais leur canard est toujours bon à condition que ce soit le Quan Ju De de Qian Men 前门, eh oui, puisque c'est une chaîne, ils ont multiplié les ouvertures de restaurants partout à Pékin, alors autant réserver dans la maison mère : celui de Qian Men (au sud de la place Tian An Men).
Ici, le canard est cuit sur les feux de bois fruitiers (jujubiers, pommiers, abricotiers...), ce qui lui donne plus de parfum.  Je n'y suis pas retournée cette fois-ci pendant mon séjour à Pékin, préférant tester de nouvelles adresses.

2. Bian yi fang 便宜坊 est le plus ancien restaurant de canard. Il a été fondé il y a plus de 500 ans. Leur particularité est de cuire le canard dans un four sans flamme. Ainsi la chair est plus tendre, mais la peau est épaisse, pas très croustillante. Leur crêpe est fine, peut-être trop fine, par contre leurs galettes sont bien épaisses et idéales pour y fourrer la viande de canard et la sauce : c'est l'autre façon de déguster ce plat (à la place de crêpe).



3. Dadong 大董, restaurant emblématique de la nouvelle école de canard pékinois. Il a connu un vrai succès surtout auprès des clients étrangers depuis sa création en 2001, probablement dû à leur canard maigre. En 2014, le groupe Dadong a créé le Taste of Dadong 小大董, un restaurant à prix plus abordable et plus décontracté. Leur canard est quasiment le même que celui du restaurant mère, c'est-à-dire sec (ou plutôt peu gras), la peau est craquante, légère et mais raide sans souplesse : elle manque un peu d'élasticité, on a l'impression de manger des chips. Tout est techniquement bien fait, peut-être un peu trop, on y perd le côté humain, artisanal. C'est une grosse machine bien rodée quoi. Si vous aimez le canard moins gras et que vous ne voulez pas rester trop longtemps à table, ce restaurant pourrait être une très bonne option.

4. Duck de Chine 全鸭季, caché discrètement derrières des grandes tours de Pékin, dans une cour traditionnelle rénovée, le design a été conçu par un architecte français. Dans ce très joli cadre, le canard est correctement cuit, la peau a une bonne épaisseur, croustillante à l'extérieur et juteuse l'intérieur, la chair est tendre et moelleuse, plus grasse que celle de Dadong, la sauce est un mélange de tian mian jiang, de pâte de sésame et de sauce de cacahuètes, le tout rehaussé par de l'ail haché et frit, elle est vraiment bonne ! Avec la carcasse et la chair qui restent, vous avez le choix entre plusieurs options (sautée, frite, etc). Nous avons choisi la version frite avec de l'ail et du poivre de Sichuan, c'était superbe !

Voilà après tous ces essais et comparaisons, en tant que puriste de canard pékinois, mon préféré reste le Quan Ju De, c'est LE canard pékinois pour moi ! Celui que je mangeais quand j'étais petite. Sinon, j'ai quand même bien aimé Duck de Chine, même s'il n'y a que 2 services pour le canard (peau + peau et chair) sans bouillon.

Concernant la chair du canard, elle est toujours plus ou moins fade si on la déguste sans rien, mais n'oubliez pas que le canard pékinois se déguste avec la tian mian jiang (une sauce très similaire au dajiang, mais plus sucrée) et la crêpe, c'est la rencontre de ces trois composants qui rend ce plat unique et tellement succulent !

Tiens d'ailleurs, je vous fais un petit rappel sur le mode de dégustation pour terminer mon billet :
une fois le canard est servi à table, on prend une petite crêpe dans la main gauche, avec la main droite, on pioche avec les baguettes quelques blancs de ciboule et on les trempe dans la sauce tian mian jiang, puis on dépose les ciboules enrobées de cette sauce sur la crêpe en tartinant légèrement, on recommence cette opération avec le concombre, quand il y a suffisamment de sauce, on met par dessus quelques morceaux de peau ou/et de chair de canard et on roule la crêpe comme pour rouler les nems ou le rouleau de printemps, et on déguste avec les doigts.

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Boulettes de quatre bonheurs 四喜丸子 sìxǐ wánzi

Les recettes de ma famille se sont transmises à l'oral de génération en génération, jamais par écrit, ce qui est un vrai danger de les perdre un jour et je trouverais cela vraiment dommage. Ainsi un séjour à Pékin est aussi pour moi une occasion de cuisiner de nouveau avec ma mère, et me replonger dans ces recettes familiales.
Ces boulettes sont une spécialité de la génération de ma grand-mère, un plat pour les fêtes ou de grandes occasions.
Quant aux quatre bonheurs, on parle de 4 grands bonheurs d'une vie humaine, écrit par le poète 汪洙 WANG Zhu de la dynastie Song du nord (960-1127) :
久旱逢甘雨, la pluie après une grande sécheresse, 
他乡遇故知, rencontrer un vieil ami dans un pays étranger, 
洞房花烛夜, la nuit de noce de mariage
金榜题名时. le fait de réussir son concours pour les études supérieures. 
Pour 16 boulettes (pour 7 à 8 personnes)
600 g de filet mignon de porc
600 g de poitrine de porc
20 g gingembre
3 c. à soupe d’alcool de riz chinois (sinon vodka ou saké)
1 c. à café de sel
2 c. à soupe rase de fécule de maïs
L’huile de friture

Pour la garniture
3 ciboules
10 g de gingembre
1 c. à soupe de sauce soja noire
3 c. à soupe de sauce soja claire
3 c. à soupe de vin de shaoxing
2 à 3 c. à soupe de sucre en poudre ou de sucre candi
1 c. à café rase de sel
2 litres d’eau chaude
* Faites attention quand vous choisissez les champignons noirs en France, il faut prendre ceux qui sont noirs des deux côtés, s'ils sont d'un côté noir et gris-blanchâtre de l'autre, c'est qu'ils sont de mauvaise qualité.

Préparation

Préparez les boulettes frites. Enlevez la couenne de poitrine de porc, enlevez les nerfs. Coupez le filet mignon et la poitrine de porc en petits morceaux de 2 cmcube. Hachez les morceaux grossièrement.

Hachez finement le gingembre non pelé, mélangez avec la viande, salez et incorporez l’alcool de riz et la fécule, mélangez de nouveau. Formez cette préparation en grosses boulettes, de la taille d’un œuf moyen.
Chauffez l’huile de friture jusqu'à 160°c, mettez les boulettes au fur et à mesure sans les bouger au départ, dès qu’elles sont légèrement dorées, égouttez les et mettez les de côté.
Ces boulettes frites peuvent être préparées la veille et conservées au frais.
Préparez la garniture. Faites tremper séparément les champignons noirs et les fleurs de lys dans l’eau chaude à 70°cpendant 30 minutes.
Rincez les fleurs de lys et les champignons noirs, coupez les fleurs de lys en deux. Coupez les ciboules en grands tronçons de 5 cm de long. Taillez le gingembre non pelé en fines tranches de 1 mm d’épaisseur. 
Mettez 2 c. à soupe d’huile végétale dans une cocotte, faites revenir le gingembre à feu moyen pendant 1 minute, ajoutez les ciboules et continuez la cuisson pendant 1 minute. Mettez les fleurs de lys, faites sauter pendant 1 minute, ajoutez ensuite les champignons, poursuivez la cuisson pendant 1 à 2 minutes. Salez avec les 2 sauces soja, ajoutez le sucre, versez le vin de shaoxing, faites cuire le tout en remuant pendant 2  minutes. 
Versez 2 litres d’eau chaude dans la cocotte, ajoutez les boulettes et portez le tout à ébullition, baissez le feu et laissez mijoter le tout avec un couvercle pendant 2 heures au minimum. Ajoutez du sel 30 minutes avant la fin de cuisson, mélangez.
L’idéal est de ne pas déguster tout de suite mais de laisser la préparation pendant 4 à 5 heures ou une nuit pour que les saveurs diffusent bien. Je vous recommande de déguster ce plat avec du pain vapeur chinois (mantou), ou bien d'autres pains qui absorbent bien le jus de cuisson !
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Lacto-fermentation : Duo jiao ou piments hachés et fermentés 剁椒

La lacto-fermentation est populaire en Chine, notamment dans le nord-est et le centre-sud (Sichuan, Huna, Guizhou et Guangxi). Cette tradition de fermenter les légumes remonte au VIe siècle av. J.-C., dans le 诗经 Classiques des vers, on parlait de prunes chinoises salées et fermentées.
Dans un autre ouvrage 齐民要术 Qi min yao shu  sur l'agriculture de la Chine ancienne, on disait que sous la dynastie Qing (1644-1912), les habitants du Sichuan préparaient ces légumes fermentés comme l'une des dots pour le mariage de la jeune fille. On voit à quel point que ces petits plats acidulés entrent dans le quotidien des gens.
Pour réaliser cette fermentation, on a juste besoin de sel (gros sel non iodé pour facilité la fermentation)) et d'eau, mais pas systématiquement, pour les légumes peu juteux, on ne met que du sel, on peut aussi aromatiser avec de l'ail, du gingembre... Mon préféré est le haricot long fermenté, j'adore cette méthode rustique et simple pour fermenter les aliments, un bocal et une assiette creuse feront l'affaire !  
Cette fois, j'ai fait des piments frais fermentés, c'est un condiment de base pour relever les plats, notamment pour le yuxiang rousi. Il faut l'utiliser avec parcimonie, parce que c'est vraiment très piquant !
Pour savoir plus sur la lacto-fermentation, je vous recommande vivement le site de Marie-Claire Frédéric : Ni cru ni cuit et ses livres bien sûr, c'est passionnant!
Pour un petit bocal de 200 ml
200 de petits piments rouges frais
2 gousses d'ail de taille moyenne
1 c. à soupe rase de sucre
1 c. à café de sel (4 à 5 g)
1 c. à café d'alcool de riz ou de sorgho fort (+50°c)
Vous pouvez utilisez le vodka, sinon un cognac ou un armagnac.

Ustensiles
un petit bocal de 200 ml
un bol
une cuillère
un couteau
une planche à découper

Ébouillantez tous les ustensiles sauf la planche et laissez sécher ou bien essuyez avec un torchon bien propre. Bien lavez la planche et laissez sécher.
Enlevez la tête verte (la tige) de piments, coupez en très fines rondelles (1 à 2 mm d'épaisseur), ou bien hachez-les grossièrement.
!!Attention : si vous êtes sensible, il vaut mieux mettre une paire de gants pour travailler, ne frottez pas les yeux, bien lavez les mains après.
Dans un bol, mélangez avec l'ail, le sel et le sucre. Ajoutez l'alcool, mélangez de nouveau. Mettez dans le bocal, fermez et laissez à température ambiante pendant au moins 7 jours. Le fermentation dépend de la température de votre pièce, il ne fait pas très chaud dans la cuisine, la fermentation n'est pas prête au bout de 7 jours, j'ai du attendre 3 à 4 jours de plus.
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